A mes fils...
Parfois, le destin nous joue des tours, et d'un revers de main, il écoule son encre à travers ses lignes imparfaites, entraînant nos désirs dans une spirale infernale où chaque lettre écrite à la chaud, scelle notre histoire ...
Nos mains accrochées à une corde, glisse alors entre nos doigts, laissant nos corps suspendus dans le vide sur une pente raide.. là, deux choix s'offrent à nous... soit l'instinct de survie prend le dessus, en rassemblant ses dernières forces quitte à crier au vent sans être entendus... soit l'esprit résigné se laisse tomber dans les bras du néant, manipulé comme une pauvre poupée de chiffon.
Ce matin là, le temps était pourtant au beau fixe mais, quelques minutes plus tard, j'allais devoir lutter contre une tempête déferlante... une tempête qui allait tout détruire sur son passage, mettant à terre tous mes espoirs.
Face à certains mots acérés, violents, les traits de mon visage se décomposaient et je ravalais mes larmes ... mes pieds et mains liés par un seul argument... un argument d'apparence inébranlable m'obligeant à regarder l'avenir de mes enfants sur un écran, en simple spectatrice... un film noir mettant en scène la séparation arbitraire de deux frères pour soit disant leur bien.
Mon instinct de maman me dictait totalement le contraire... et même si je devais capituler devant ma défaite annoncée, je ne m'avouais pas encore vaincue, et rien ni personne n'allait entraver ma marche vers la revanche.
Je prenais donc les armes une nouvelle fois, prête à recevoir les coups ... toutes ces phrases assassines portées en pleine figure mais que je digérais rapidement afin de ressortir la hargne qui avait pris possession de mon être, retenue par ces regains de lucidité qui animait mon discours.
Mon c½ur profondément blessé, enlevait chacune de ces épines plantées dans la poitrine, déterminé à aller jusqu'au bout, en revendiquant ses droits... le doigt pointé en avant, vers cette injustice avérée, essuyant sur mon front, ce rejet de la différence... car la réalité des faits se trouvait là, dévoilée par ces langues déliées, acculées dans une impasse, victimes de leur propre intolérance.
Sur le champ de bataille, mon corps se relevait doucement, sentant encore l'odeur de cette poudre à canon amère éparpillée sur le sol mouillé... quelques flaques d'eau les renvoyaient maintenant à leur reflet, mirés dans cette conscience boiteuse. Et, dans un dernier sursaut, tentaient en vain d'atteindre mon âme, en plombant un sentiment de culpabilité dans leurs filets venimeux... pour ne récolter finalement que mon intime conviction, élevée sur la dune de la victoire.
Myriam - 15/06/06