Miroir, oh ! mon beau miroir
Inspirée par le roman d'Amélie Nothomb "Attentat"...
Les lignes et les marques de mon visage me rendent à la fois unique et exceptionnel. Nul besoin de payer l'entrée pour avoir la chance d'apercevoir l'attraction phare, dans le couloir des horreurs. Les gens peuvent m'approcher, me frôler, se moquer sans avoir à rendre de compte à leurs consciences.
Je leur offre ce privilége avec une satisfaction non dissimulée. Je n'attends surtout pas les regards émus, chargés de compassion. Je préfère contempler leurs mines apeurées, déconfites devant ma laideur réjouie, car après tout, qui se moque le plus de l'autre?
Je peux à l'inverse parfaitement me fondre dans le décor, arpenter les rues sans que personne ne puisse sentir ma présence, à moins que je ne l'ai décidé autrement. Aux yeux du monde, je suis aussi insignifiant qu'une mouche, cela me donne l'avantage de voir les gens tels qu'ils sont, de cerner leur personnalité en une fraction de seconde, et toucher la noirceur de leur âme.
Je bourdonne à leurs oreilles de viles pensées, et ce sont eux qui se détournent du droit chemin. Ils préfèreraient sans doute m'écraser avec le bout de leurs talons, mais je suis tel un chewing gum collé à leurs chaussures, la laideur ne s'oublie pas : elle s'accroche à la peau comme un mal pestiféré...
Je m'insinue dans leurs maisons, m'invitant à la table pour partager un bon repas. Quand il s'agit de raconter l'événement marquant de sa journée, je suis toujours celui que l'on aime décrire dans les moindres détails, afin d'amuser la galerie. Je me retrouve parfois dans leurs cauchemars, traqué comme un animal, entrain de satisfaire leurs envies les plus noires.
Finalement, aujourd'hui, je peux dire : "Miroir, oh mon beau miroir, dis moi qui est le plus laid?", en étant certain de me trouver dans la norme.
Myriam - 11/11/08
